Deux hommages nationaux, celui d’il y a quelques jours aux “Justes” et l’actuel à l’abbé Pierre me rappellent ce film (1969) de Miklos Jancso “Sirocco d’hiver” .
Ce film, au rythme très lent (13 plans-séquences en tout et pour tout), raconte l’affrontement, au sein des Oustachis croates, entre les fascistes, dirigés par Ante (Pavelitch) et un militant anarchiste, Marko, considéré comme un héros de la cause croate.
Au 12ème plan-séquence, Marko est assassiné par ses “camarades”. Le 13ème et dernier plan montre la prestation de serment des jeunes recrues, sur le masque mortuaire de Marko, présenté comme le héros mort au combat contre le pouvoir yougoslave (royaliste serbe).
L’hommage aux “Justes” est parfaitement justifié, mais il sert aussi à faire oublier que beaucoup n’ont pas eu à cette époque-là une conduite digne.
Les “Justes” furent souvent des gens simples, alors que les “élites” se contentaient d’être attentistes, quand elles ne collaboraient pas. Jacques Chirac a eu le courage, il y a quelques années, de reconnaître que c’était la “France officielle” qui avait livré les juifs aux nazis. Ne l’oublions pas.
Aujourd’hui, la police française va à nouveau chercher des enfants à la porte des écoles et peu de gens réagissent. Je sais que ces enfants ne seront pas assassinés là où on les emmène, mais leur sort ne sera quand même pas enviable.
L’attitude du gouvernement israélien, qui décerne des brevets d’honorabilité à cette occasion ne doit pas faire oublier que les précurseurs du Yishouv sioniste en Palestine ont agi parfois de manière irresponsable à cette époque.
Je cite le livre de l’historien israélien Tom Séguev “Le septième million”. Il relate cette phrase épouvantable de David Ben Gourion “Si j’avais su qu’il était possible de sauver tous les enfants d’Allemagne en les transportant en Angleterre, mais seulement la moitié en les transportant en Palestine, j’aurais choisi la seconde solution - parce que nous devons pas seulement faire le compte de ces enfants, mais parce que nous devons faire le compte l’histoire du peuple juif” (7 décembre 1938).
Et sa conclusion sur le rôle des dirigeants sionistes de l’époque est accablante (page 119 de l’édition de poche).
“A la veille de la guerre, il y avait environ 9 millions de juifs en Europe, 6 millions furent tués, 3 millions survécurent. La plupart d’entre ceux-ci furent sauvés par la défaite allemande. D’autres furent épargnés, grâce à l’aide de divers gouvernements, d’organisations telles le Joint Distribution Committee et de personnes au grand coeur dans quasiment chaque pays - les justes parmi les nations (..) Mais seul un petit nombre de survivants durent leur vie aux efforts du mouvement sioniste”
L’abbé Pierre est devenu une icône, on oublie ses déclarations irresponsables de soutien à Roger Garaudy accusé de négationnisme.
Mais on célèbre, loue, l’abbé, pour ne pas parler des bidonvilles qui renaissent, de la spéculation foncière encouragée par la politique fiscale, pour ne pas parler des communes (Neuilly et tant d’autres..) qui refusent de construire des logements sociaux, pour ne pas parler des travailleurs pauvres, c’est-à-dire tous ceux qui ne peuvent pas se payer un loyer avec leur salaire.
PS J’ai commencé à réfléchir à cet article ce matin, à midi, des collègues m’ont raconté que le grand débat de la veille chez Calvi ne portait pas sur les mal logés, mais sur le fait de savoir s’il avait eu des relations sexuelles, et combien de fois… Lamentable !!

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