La référence scientifique de Pierre Vial : un théoricien nazi !!
J’avais déjà parlé du livre de George L. MOSSE .
Je compléte avec le texte de la quatrième de couverture :
Les racines intellectuelles du Troisième Reich
Hitler, le nazisme et le Troisième Reich n’ont pas fait preuve d’une très grande originalité intellectuelle. En étudiant les fondements idéologiques de l’hitlérisme, George L. Mosse montre combien le romantisme allemand du XIXème siècle, dans son culte du Volk, de la terre et du sang, avait déjà constitué le terreau d’une pensée raciale et ethniciste (völkisch) qui servit plus tard d’armature intellectuelle au régime national-socialiste.
La pensée völkisch avait ainsi pénétré les mouvements de jeunesse allemands et le milieu universitaire bien avant 1914, et s’était ensuite propagée parmi les anciens combattants et une part importante de la population allemande. C’est cette nébuleuse idéologique et ces frustrations que le mouvement nazi parviendra à canaliser en termes politiques, pour transformer la révolution antibourgeoise en révolution antijuive.
Une étude capitale de l’enracinement intellectuel du Troisième Reich dans l’histoire de l’Allemagne comme dans celle du Vieux Continent.
George L. Mosse (1918-1999)
Juif allemand, il s’exila aux États-Unis avec sa famille en 1933. Professeur émérite d’histoire à l’université du Wisconsin, il fut l’auteur d’ouvrages majeurs sur le nazisme, encore peu traduits en France.
J’avais également signalé que les sources scientifiques de Pierre Vial étaient suspectes.
Je m’étais appuyé sur les analyses parues sur le site de Michel Fingerhut.
MOSSE donne des renseignements complémentaires sur Hans Günther, en cause au cas particulier. Ce n’est pas un scientifique auteur de réels travaux de recherche dans sa spécialité, coupable de les mettre au service d’idéologies condamnables, comme Conrad Lorenz ou Alexis Carrel, c’est un écrivain qui se lance ensuite dans la raciologie et se fait ensuite passer pour un scientifique !
Je cite ce qu’en dit MOSSE. Les références au texte sont en notes de fin.
Lorsque Die Sonne, qui prônait les conceptions nordiques du monde, fut fondé en 1923, ses collaborateurs défendaient chacun des points de vue finement diversifiés, mais tous étaient unis dans l’entreprise commune. Parmi eux se trouvaient le national-socialiste Darré, le théoricien racial Günther, le romancier Kapherr, fervent völkisch, et le conservateur Deutschnationale Paul Bangi.
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Lorsque le gouvernement national-socialiste de Thuriféraire contraignit l’université d’Iéna à accepter dans son corps enseignant l’écrivain raciste Hans F. K..Günther, premier empiétement officiel des privilèges universitaires, les protestations furent faibles - quand il y en eut - bien qu’une commission du corps enseignant ait officiellement désapprouvé cette nomination. Au lieu d’invoquer un principe, la commission argua que la chaire épuiserait les crédits d’autres départements1. Günther, bien sûr, fut nommé, et les nazis ne manquèrent pas de professeurs de bonne tenueii.
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Les philosophes Arthur Bonus et Ernst Bertram, l’idéologue raciste Hans F. K. Günther et le poète Stefan George, fortement influencés par Nietzsche, considéraient que le nouveau mythos devait être atteint en transcendant le cadre historique limité de l’homme germaniqueiii.
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Alors que le chevalier de Bertram tentait de créer le mythos de l’époque tout en demeurant au-dessus des liens temporels et historiques, le héros envisagé par Hans F. K. Günther était limité par ses liens avec le Volk. Il était le serviteur du Volk, ses actes et ses idées étant bridés par les intérêts immédiats du peuple et du sol dont il était issu. C’était là, explicitement, un héros völkisch, capable d’assumer le commandement des disciples qui avaient formulé des idées justes, mais auxquels des moyens et des directives faisaient défaut pour les mettre en pratique. Cette vision fut professée dans le livre de Günther, Ritter Tod und Teufel : Der heldische Gedanke (“ Le Chevalier, la Mort et le Diable : une pensée héroïque ”). Rédigé en 1924, l’ouvrage attira l’attention de Walther Darré, futur spécialiste de l’agriculture du Troisième Reich, et valut à son auteur de pénétrer dans les milieux sociaux et intellectuels des nationaux-socialistes2. Ce fut un bon début et, par la suite, Günther devint l’un des principaux experts raciaux sous le régime nazi.
Dans ce livre, il réduisait Nietzsche à quelques idées clés concernant la puissance de la volonté et la capacité de créer un surhomme, en étant intimement convaincu de sa vocation. Le chevalier représentait le héros, présidant au commencement du monde, qui prenait en main le sort de l’homme par sa force intérieure, pour le modeler selon ses propres critères. Les valeurs du chevalier, cependant, émanaient du Volk, dont les vertus raciales étaient inaliénables et éternelles. Il s’agissait donc seulement de les appliquer à nouveau. Le chevalier, le surhomme moderne représentant les qualités habituellement attribuées aux anciens Allemands – héroïsme, loyauté, honnêteté et pureté raciale -, se consacrait précisément à la restauration de la grandeur du Volk. Günther associait ici les idéaux nietzschéens à la vision germanique. Il maîtrisait son héros, qui était à la fois un serviteur de l’esprit du Volk et un chef unique en son genre.3 Cette rédu; la volonté de puissance était une mesure que Bertram n’avait jamais approuvée ; et, comme on le verra, elle était également en contradiction avec d’autres visions de l’héroïque leadership allemand.
Mais cette image connut une grande popularité sous les nazis. Davantage que le chevalier de Bertram, le héros germanique de Günther était doté de toutes les vertus völkisch Ce fut cette doctrine du chef qui fut développée par les écrivains ultérieurs. Walther Darré allait abondamment utiliser le chevalier de Günther comme personnage modèle dans ses exhortations aux agriculteurs les incitant à soutenir sans réserve la nouvelle Allemagne. L’écrivain national-socialiste Eberhardt Wolfgang Möller incorpora même le thème du chevalier, de la mort et du diable dans certains de ses poèmes. Là, sous une forme poétique, le chevalier était présenté sous traits d’Adolf Hitler4. Le thème, sans Hitler, survécut et plusieurs années après la Seconde Guerre mondiale, il était même repris par le poète völkisch Wilhelm Pleyer. Cette fois, certes, le chevalier affrontait un nouvel adversaire. probablement les Russes, mais sa victoire était à nouveau assurée5iv
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Il réussit quand même à obtenir pour les pangermanistes l’engagement total de l’organisation völkisch, violement antisémite, Schutz und Trutzbund (« Ligue défensive et offensive6 »), qui avait, entre autres, financé de nom ouvrages de Hans F. K. Günther sur la racev.
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Pendant la montée de Hitler au pouvoir, Hans F. K. Günther7 devint le principal avocat de la doctrine de la race (bien qu’il ait été « dénazifié » après la Seconde Guerre mondiale). Ses livres remportèrent un grand succès et, avant la prise du pouvoir par Hitler, l’auteur reçut une chaire à l’université d’Iéna où les étudiants lui réservèrent un accueil enthousiaste8. Préoccupé par l’avenir du Volk, Günther fit ses débuts littéraires en 1921 avec la parution de Ritter, Tod und Teufel (« Le Chevalier, la Mort et le Diable »), dans lequel il annonçait l’avènement d’un héros, sauveur de la nation allemande. Ce livre fut suivi, en 1922, du célèbre Rassenkunde des Deutschen Volkes (« Science raciale du peuple allemand »), qui fut réédité quinze fois jusqu’en 1933, et, en 1930, du Rassenkunde des jüdischen Volkes (« Science raciale du peuple juif »). Ces deux livres prétendaient à l’érudition, par des notes abondantes, l’accumulation de preuves et une formulation soignée du texte. Mais, en dépit de ces pièges, les images raciales décrites dans les deux livres procédaient de généralisations dans le droit fil de l’idéologie germanique prévalente.
À l’instar des théoriciens völkisch racistes avant lui, Günther soutenait que le type racial objectivait la représentation physique de la nature de l’homme et de ses pulsions internes9. Il passait ainsi de considérations anthropologiques à des catégories métaphysiques de beauté raciale et d’âme. Le projet racial réclamait une hiérarchie de types parfaits. Günther reconnaissait avec sagesse qu’il n’existait aucun type pur : il n’y avait que des types moins imparfaits, moins impurs.
Il plaçait les Aryens au sommet de l’évolution raciale. Ils étaient les plus purs, les plus beaux, les plus créateurs. Comme on pouvait s’y attendre, les échelons inférieurs étaient occupés par les Juifs, qui différaient nettement des Nordiques. Leur apparence extérieure, caractérisée par des corps avachis, des épaules voûtées, une tendance à l’obésité et des lèvres épaisses, lascives et sensuelles, était à l’opposé de l’Allemand svelte, d’une beauté sculpturale. Le stéréotype physique était complété par ce qui était censé être un catalogue des faits et gestes typiquement juifs prouvant l’attrait des Juifs pour le pouvoir et le gain10.
La popularité de ces théories raciales fut renforcée par la controverse entre trois théoriciens racistes rivaux. Au début des années trente, Günther, déjà bien établi et reconnu, se lança dans un débat sur ce qui constituait des critères raciaux fondés. Ses deux interlocuteurs étaient d’une part Ludwig Ferdinand Clauss, dont le livre, intitulé Die nordische Seele (“L’âme nordique ”) et publié en 1930, soutenait que l’apparence extérieure, quoique désirable, n’était pas essentielle pour déterminer la personnalité aryenne, et d’autre part Siegfried Passarge, dont l’ouvrage de 1929 Das Judentum als landschaftskundliches und ethnologisches Problem (“ Le judaïsme en tant que paysage et problème ethnologique11”) mettait l’accent plus particulièrement sur ce qui, dans l’environnement, déterminait la typologie raciale, répétant, de façon caractéristique, que le judaïsme sans âme était une religion de la ville. Bien qu’aucune interprétation unique n’ait remporté la victoire, cet échange qui exposait les faiblesses de l’anthropologie raciale produisit un résultat plus pernicieuxvi :
1 C. V. Zeitung, 9e année, 27 juin 1930, p. 286 ; ibid., 15 août 1930, p. 433
2 Walther Darré, Das Bauerntum als Lebensquelle der nordischen Rasse, Munich, 1937, publié pour la première fois en 1929, utilise abondamment le livre de Günther ; voir notamment p. 97.
3Hans F. K. Günther, Ritter, Tod und Teufel, Der heldische Gedanke, Munich, 1924, passim.
4« Junge Deutsche Dichtung » Wille und Macht 3ème année fascicule 20, 15 octobre 1935 p.14
5Klüter Blättter, fascicules 11-12, plan 1, II 1954, I
6 M. R. Gerstenhauer, Der völkische Gedanke in Vergangenheit und Zunkunft, Leipzig, 1933, p. 63 ; Alfred Kruck, op. cit., p. 132. .Autre cumul de fonctions : le secrétaire du Bund, Alfred Roth, était également l’un des fondateurs du syndicat des employés Deutschnazionale Handlungsgehilfen Verband (voir chapitre XIV).
7Rapporté par Nation Europa, 11` année, fascicule 6, juin 1961, p. 67
8Voir Revue d’Histoire de la Shoah, “ Classer / Penser / Exclure ”, n° 183, juillet-décembre 2005.
9Hans F. K. Günther, Rassenkunde des Deutschen Volkes, Munich, 1923, p. 19.
10Hans F. K. Günther, Rassenkunde des Deutschen Volkes, Munich,1930, p. 163, 212 sq.
11Siegfried Passarge, Das Judentum als landschaftskundliches und ethnologisches Problem, Munich, 1929, passim.
iPage 151
iiPage 337
iiiPage 341
ivPages 345 346
vPage 368
viPages 482 483
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