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Le blog du vieux singe

Le qat, cancer du Yémen

3 Avril 2007 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #Yémen


Cet homme à la joue distendue est un mâcheur de qat.  

Le qat est un arbuste dont les feuilles, une fois mâchées, ont un effet excitant et euphorisant. Cette plante joue un rôle essentiel dans la société yéménite : chaque après-midi, les hommes, mais aussi de plus en plus de femmes, se réunissent pour des séances de mastication de qat.

Il n’y a pas de sociabilité possible sans le qat : si vous ne mâchez pas, vous ne pouvez faire partie d’aucun réseau de sociabilité, sauf avec les non-mâcheurs (5 % de la population).

Pour parler gros sous, une dose quotidienne de qat vaut de 500 à 1000 rials yéménites (1 euro = 250 rials). En moyenne, un qateur dépense 800 rials par jour, et le salaire d’un fonctionnaire débutant est de 25 000 rials.

Il n’est donc pas possible de vivre et de nourrir sa famille dans ces conditions. Les seuls qui y gagnent sont les producteurs, qui en vivent très bien. Et le qat chasse les autres productions,  vivrières ou d’exportation, comme le café (Moka est une ville yéménite).

Complément du 14 avril 2007 :

J’ai trouvé en ligne ce rapport du Sénat et je cite intégralement ce passage sur le qat :

b) Le rôle ambivalent du qât dans la société et l’économie yéménite

Le qât, « plante philosophique », « euphorisant, semi-stupéfiant, drogue », plante arbustive peu connue en Occident, joue un rôle majeur dans la société et dans l’économie yéménite.

Le qât

Le qât « cath edulis » pousse au-dessus de 700 mètres. C’est une plante arbustive haute parfois de 7 m dont les feuilles se mâchent très fraîches (moins de 48 heures après la cueillette). Elle est très répandue au Yémen, en Éthiopie et en Somalie.Effets psychologiques : Euphorie, hallucinations, concentration, paranoïa et anxiété.Effets physiologiques : proches des amphétamines. Coupe la faim et empêche de dormir.

Un rite social : activité sociale par excellence, la séance de qât se déroule l’après midi, à la maison, dans une pièce qui lui est spécialement dédiée, le « mafraj ». Hommes et femmes mâchent séparément mais toujours en groupe. On ne mange pas avec le qât mais on fume et on boit de l’eau.

La culture du qât a pris un essor considérable au Yémen. Elle est aujourd’hui la principale du pays puisqu’elle couvrirait plus de 30% des terres arables soit environ 100.000 hectares, utiliserait 85% de l’eau d’irrigation et 70% des pesticides vendus au Yémen. Le secteur du qât occuperait 200.000 personnes, soit 15% de la population active.

Les surfaces cultivées auraient doublé depuis 1970, au détriment des céréales pour l’essentiel. La production annuelle de qât serait passée de 35 millions à 690 millions de bottes entre 1970 et 1997

Une grande partie de la population masculine cède au qât tous les après-midi ou au moins deux à trois fois par semaine. Les femmes et les jeunes mâchent également. Le qât représenterait entre 18% et 30% des dépenses de consommation des ménages.

Le qât joue pour le développement du Yémen un rôle ambivalent :

(1) Le qât, vecteur de cohésion sociale ?

Il paraît difficile de concevoir le rôle que joue le qât au Yémen comme positif. Il est pourtant aux yeux de la population une des seules distractions qu’elle peut s’octroyer et constitue le pivot autour duquel tourne l’essentiel de sa vie sociale : affaires, réunion amicale, mariage, naissance, retour de pèlerinage ou de voyage ne peuvent être fêtés qu’avec le qât. Les poètes yéménites exaltent les vertus du qât et ses effets sociaux :

Il y a dans le qât une consolationPour qui est accablé de soucis et de chagrin.Du vin, il a la délicatesse,

Mais il n’est point prohibé.

Il en possède la pureté, pour l’oeil,

Et le même goût agréable, pour la bouche.

En lui le lettré trouve le réconfort,

Et on y découvre aussi une protection contre l’affliction.

C’est le messager de la fraternité :

Il groupe les gens et les unit.

Le qât contribue de manière importante aux revenus de la paysannerie yéménite. Certains estiment que la modération de l’exode rural au Yémen est due à la possibilité qu’a encore une partie des paysans de vivre de ses terres, grâce au qât, bien plus rémunérateur que toute autre culture. C’est d’ailleurs pour cette raison que les cultures alternatives qui sont proposées dans les montagnes yéménites (café, coton, dattes, légumes) peinent à s’imposer : elles sont beaucoup moins rentables que le qât.

(2) Le qât, fléau social

Le qât constitue néanmoins un des freins majeurs au développement yéménite :§ Il empêche l’agriculture yéménite de se tourner vers des cultures vivrières et/ou d’exportation et oblige le Yémen à recourir à l’aide alimentaire pour nourrir une part de sa population.§ Il paralyse tous les autres secteurs de l’économie yéménite : les activités cessent ou sont sérieusement ralenties dès le début de l’après-midi.

§ Il pèse de manière importante sur le budget des ménages.

§ Il constitue une menace pour la santé publique en raison des pesticides qui sont consommés en même temps que la plante…

Les efforts pour lutter contre le qât sont aujourd’hui mesurés, malgré le lancement d’une « campagne anti-qât », annoncée par le Président de la République, Ali Abdallah Saleh, qui a déclaré s’abstenir lui-même32. Cette campagne est relayée par plusieurs associations anti-qât.

Les mesures prises jusqu’à présent sont pour l’essentiel encore symboliques : prolongation jusqu’à 15 heures de la durée quotidienne du travail des fonctionnaires, interdiction de consommer du qât pour les policiers et les militaires durant l’exercice de leurs fonctions, interdiction du qât à bord des avions de la compagnie Yemenia.
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