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Le blog du vieux singe

Sarkozy, les génocides et le nazisme.

26 Avril 2007 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #Racisme


Discours de Nice, le 30 mars 2007 :

Je suis de ceux qui pensent que la France n’a pas à rougir de son histoire. Elle n’a pas commis de génocide. Elle n’a pas inventé la solution finale. Elle a inventé les droits de l’Homme et elle est le pays du monde qui s’est le plus battu pour la liberté.

Ces propos n’ont pas été appréciés en Allemagne, et on comprend pourquoi. Élisabeth Guigou a réagi en expliquant que cela nuisait à la réconciliation franco-allemande :

http://elisabethguigou.hautetfort.com/archive/2007/04/12/les-propos-indignes-de-nicolas-sarkozy-sur-l-allemagne.html

C’est vrai, mais il fallait aller plus loin, en critiquant aussi le fond.

Cette critique doit porter sur deux points :

1. La France est-elle en situation de donner des leçons au reste du monde ?

2. Le nazisme n’est-il qu’une affaire allemande ?

La France a-t-elle commis des génocides ?

Habituellement, on distingue crimes de guerre, crimes contre l’humanité, génocide.

Restons-en aux définitions juridiques, dont celles du code pénal français. C’est imparfait, mais il faut bien partir de quelque chose.

Constitue un génocide le fait, en exécution d’un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d’un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire, de commettre ou de faire commettre, à l’encontre de membres de ce groupe, l’un des actes suivants :
- atteinte volontaire à la vie ;
- atteinte grave à l’intégrité physique ou psychique ;
- soumission à des conditions d’existence de nature à entraîner la destruction totale ou partielle du groupe ;
- mesures visant à entraver les naissances ;
- transfert forcé d’enfants.
Le génocide est puni de la réclusion criminelle à perpétuité.
Les deux premiers alinéas de l’article 132-23 relatif à la période de sûreté sont applicables au crime prévu par le présent article.

Crimes contre l’humanité :

La déportation, la réduction en esclavage ou la pratique massive et systématique d’exécutions sommaires, d’enlèvements de personnes suivis de leur disparition, de la torture ou d’actes inhumains, inspirées par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux et organisées en exécution d’un plan concerté à l’encontre d’un groupe de population civile sont punies de la réclusion criminelle à perpétuité.
Les deux premiers alinéas de l’article 132-23 relatif à la période de sûreté sont applicables aux crimes prévus par le présent article.

Les définitions qui suivent sont celles du gouvernement français :

Crimes de guerre : crimes commis durant une guerre en violation des conventions internationales destinées à protéger les populations civiles et les prisonniers de guerre. Ces crimes sont « prescriptibles », donc ne peuvent être poursuivis plus de vingt ans après avoir été perpétrés

Crimes de génocide : la Convention du 9 décembre 1948 portant sur « la prévention et la répression du crime de génocide » le définit comme un « ensemble d’actes commis dans l’intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux » en raison même de leur identité. C’est pour marquer son caractère inacceptable qu’il fut assimilé à un crime contre l’humanité et donc déclaré imprescriptible.

Crimes contre l’humanité : né en 1915 après le génocide des Arméniens par les Turcs, ce concept sera défini en 1945 avec l’instauration du Tribunal militaire international de Nuremberg : « Crimes visant l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation et tout autre acte humain commis contre toutes populations civiles avant ou pendant la guerre ; ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux… » Ces crimes sont imprescriptibles.

On cite habituellement quatre génocides majeurs pour le XXème siècle :

Le génocide des Arméniens par le gouvernement “Jeune Turc” en 1915;

Le génocide nazi;

L’”auto-génocide” des Khmers rouges;

Le génocide rwandais.

Aucun n’a certes été perpétré par la France, mais son attitude n’a pas été irréprochable dans tous les cas. Je parlerai plus loin des rapports entre la France et le nazisme, mais tout le monde sait qu’il y a des raisons sérieuses de penser que le gouvernement français de l’époque a sa responsabilité dans le génocide rwandais.

Quand les troupes vietnamiennes eurent renversé les Khmers rouges et mis en place un gouvernement qui leur était favorable à Pnom Penh, ce dernier avait beaucoup de choses à se reprocher, mais son installation mit fin au génocide. Pourquoi alors les gouvernements occidentaux laissèrent-ils les Khmers rouges occuper pendant plusieurs années le siège du Cambodge à l’ONU ?

J’ai plusieurs fois débattu du colonialisme avec des amis de pays colonisés, je leur ai souvent expliqué que la France n’avait pas commis de crimes contre l'humanité, au sens strict du terme, mais que certains actes pouvaient être qualifiés de crimes de guerre ou de génocides : les guerres coloniales, la traite négrière, les guerres napoléoniennes, sans compter nos guerres civiles (Vendée, Commune de Paris).

Bref, pas de quoi se vanter et donner des leçons à la terre entière, et surtout pas devant les pays qui ont eu à souffrir de la France.

Et sur les dizaines de nations qui existent aujourd’hui, presque toutes peuvent s’appliquer la définition de Sarkozy et pavoiser car elles n’ont pas commis de génocide stricto sensu. Y compris le Japon impérial, la Chine malgré le Tibet, l’URSS malgré le stalinisme, etc..

Alors, ce n’est pas parce que nous n’avons pas commis de génocide que nous n’avons pas à rougir de certains épisodes de notre histoire.

Qui a inventé la solution finale ?

Le nazisme n’est pas tombé sur les Allemands comme un météore. C’est la radicalisation d’un certain nombre de thèmes et principes qui sont largement diffusés dans toute l’Europe aux XIXème et XXème siècle.

Les préjugés racialistes (”il existe des races différentes et inégales”) sont alors largement répandus parmi les intellectuels et dans la population. Parmi les théoriciens du racisme, il y a Henry Ford, américain, Alexis Carel, français, etc..

Beaucoup de gens sont prêts dans les années 30 à accepter n’importe quel régime pour éviter non seulement le stalinisme, mais aussi le Front populaire.

L’historien israélien Zeev Sternhell a choqué ses homologues français en développant la thèse selon laquelle le fascisme était une invention française. Il a peut-être tort, mais nous n’avons pas été exempts de fascisme.

Il faut que Nicolas Sarkozy étudie l’affaire Dreyfus, et le déferlement de haine antisémite à cette époque.

Beaucoup de Français ont collaboré avec les nazis.

Si la nazisme s’est développé en Allemagne et pas ailleurs, c’est en particulier parce que le traité de Versailles a créé les conditions politiques et économiques favorables aux extrémismes.

Mais ce n’est pas parce que les Allemands auraient eu une prédisposition génétique et que les Français seraient naturellement immunisés. D’autres circonstances ponctuelles auraient très bien pu faire que se soit la France qui bascule dans le nazisme ou quelque chose d’équivalent, et pas l’Allemagne.

Soyons sérieux, il n’y a pas plus de gènes du nazisme ou de l’antinazisme que de la pédophilie ou du suicide.


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