Mémoire contre mémoire
LE MONDE | 23.10.07
Georges Bernanos fut un grand écrivain catholique (Journal d’un curé de campagne, Les dialogues des carmélites, etc..).
Il fut aussi royaliste, nationaliste, admirateur de l’antisémite Édouard Drumond. Bref, des opinions très contestables.. et la dernière est inadmissible, point-barre.
En 1936, il est témoin direct de la guerre civile espagnole, des crimes franquistes, et du soutien de l’Église catholique à Franco. Il en est révulsé et témoigne. L’hebdomadaire catholique français “Sept” qui publie ses témoignages doit se saborder sur ordre de la hiérarchie.
Il publie alors “Les grands cimetières sous la lune”, partant du principe qu’aucune cause ne justifie des moyens barbares pour la défendre. Il est très critique sur le rôle de l’Église espagnole, passé et présent.
Je cite de mémoire (Bernanos s’adresse aux évêques espagnols) : “Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi il n’y a pas un seul mâle adulte de ce pays qui ne soit farouchement anticlérical ?”
Souvenirs personnels très anciens :
Mes parents avaient reçu à la table familiale un prêtre espagnol, Franco régnant encore. La conversation arriva sur l’écrivain Martin Gray et son ouvrage “Au nom de tous les miens”.
Il semblait très intéressé par l’itinéraire de ce survivant juif des camps d’extermination, jusqu’à ce que ma soeur lui dise “Maintenant, il est athée”. La remarque fusa: “Alors, il ne m’intéresse plus”.
Il nous expliqua que l’Espagne n’avait pas eu de rapports avec le judaïsme. Après que je lui ai parlé de la diaspora sépharade, il eut cette phrase: “Ah oui, c’est vrai, il sont partis quand on a tenté de les convertir avec les moyens de l’époque”.
Jusqu’à ce jour-là, je condamnais par principe les exactions des miliciens républicains. Je pense depuis : ”Qu’aurais-je fait si j’avais dû supporter ce comportement pendant des années ?”
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