Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le blog du vieux singe

Lettre ouverte aux historiens de la Résistance, et à ceux qui en parlent

11 Novembre 2008 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #Histoire de France

Ce texte est paru dans ”L’Humanité” du 27 décembre 2005

Lettre ouverte aux historiens de la Résistance, et à ceux qui en parlent

Un certain nombre d’ouvrages traitant de la Résistance en France durant les années noires de l’occupation sont récemment parus. Ils ignorent totalement ou presque, délibérément ou non, ce que fut la résistance des juifs de la MOI, confondant par ailleurs les FTP de la MOI avec l’ensemble des organisations clandestines de celle-ci.

- Nombreux sont ceux qui ont payé de leur vie un engagement sans faille dans la lutte contre l’occupant et ses soutiens.

Nombreux ceux qui furent torturés et déportés. Bien peu revinrent des camps d’extermination nazis.

- Se trouvant au premier rang des victimes désignées par les lois antisémites du gouvernement de Vichy, puis de la folie meurtrière des nazis, ils avaient de bonnes raisons pour s’engager.

Un peu d’histoire :

MOI (Main-d’oeuvre immigrée) : ce vocable date de 1932. Il succède au MOE (Main- d’oeuvre étrangère). Ainsi exista-t-il les groupes italien, espagnol, arménien, grec, polonais, yougoslave et d’autres encore.

La section juive se composait de travailleurs de langue yiddish originaires de divers pays d’Europe orientale où sévissaient l’antisémitisme et les persécutions contre les juifs.

- Lorsque le gouvernement français prit la décision d’interdire le Parti communiste français, les organisations démocratiques et leurs organes, nombreux furent alors ceux qui se réfugièrent dans l’attentisme. Pas la branche juive de la MOI qui, instruite de ce qui se passait dans l’Allemagne nazie depuis l’avènement de Hitler, savait qu’il valait mieux se préparer au pire.

Ainsi naquit dès 1939 l’association Solidarité qui s’est évertuée, dans un premier temps, à apporter la solidarité matérielle et morale aux familles juives récemment arrivées en France, d’Allemagne et de Pologne surtout.

Solidarité était une grande organisation. S’y retrouvaient les militants de la branche juive de la MOI qui s’efforçaient de poursuivre leurs activités militantes en divers domaines.

- L’évolution de la situation en France et celle du conflit, l’aggravation des effets des lois antisémites furent les raisons qui amenèrent Solidarité, sans pour autant interrompre son travail de soutien aux familles juives en difficulté, à mener une campagne de propagande et d’information au sein de la population juive de langue yiddish à l’aide de tracts et par la publication de journaux clandestins : la Naïe Press et Unzer Wort (Notre parole).

En raison du développement nécessaire des activités diverses qui devenaient indispensables, la direction de Solidarité, alors qu’elle s’était installée à Lyon après les grandes rafles de 1942 dans la capitale, prit la décision de se transformer en créant plusieurs organisations clandestines de lutte au cours de l’automne 1942. Tenant compte des conditions difficiles dues à la clandestinité, sont nées au printemps de 1943 :

- L’Union des juifs pour la Résistance et l’entraide, la fameuse UJRE, qui était dirigée par les responsables de la branche juive de la MOI ;

- L’Union de la jeunesse juive (UJJ) qui avait pour mission d’accueillir les jeunes juifs désireux d’agir contre l’occupant et ses alliés français ;

- L’Union des femmes juives (UFJ), plus particulièrement chargée de venir en aide aux familles dans l’angoisse et d’organiser le sauvetages des enfants ;

- Le Mouvement contre le racisme (MCR) devenu, en 1941, MNCR. Des groupes de combat furent organisés auprès de l’UJRE et de l’UJJ qui menèrent des actions dures de harcèlement contre l’ennemi, les miliciens et les collaborateurs.

Dans le même temps furent créées des unités de FTP-MOI chargées de la lutte armée. Elles devinrent célèbres par leurs actions héroïques : ainsi virent le jour, à Lyon le bataillon Carmagnole, à Grenoble le bataillon Liberté, à Toulouse le célèbre bataillon dirigé par Marcel Langer. Les premiers combattants du groupe de Lyon furent mutés de l’UJJ. Des résistants non juifs, d’autres nationalités, s’y joignirent rapidement, des Italiens, des Espagnols, des Hongrois, des Roumains.

Voilà pour la partie, disons, organisationnelle.

Il faut savoir que, même si les structures n’étaient pas établies de façon formelle, de nombreux jeunes juifs parisiens, alors adhérents de l’Union de la jeunesse communiste de France, agirent dès l’entrée de l’armée allemande dans notre pays en menant, surtout au début, des actions de propagande.

Un certain nombre d’entre eux sont toujours en vie, maintenant âgés, qui ne renient pas leur engagement de l’époque, même si leur itinéraire personnel les a éloignés de leurs idées d’origine.

Faut-il rappeler que la plupart des jeunes du groupe Manouchian, fusillés au Mont-

Valérien, étaient des jeunes juifs membres de l’Union de la jeunesse communiste.

Après la venue de la direction de la branche juive de la MOI à Lyon où elle s’était établie, une direction zone sud de l’UJJ fut créée.

L’UJRE a compté dans ses rangs, pendant la période de la clandestinité, des centaines de résistants. Elle a poursuivi sans relâche jusqu’à la Libération l’édition de ses journaux clandestins, la Presse nouvelle, Unzer Wort, en yiddisch, et Fraternité, en français.

Il en fut de même pour l’UJJ qui prit de plus en plus de poids et essaima dans les principales villes de la zone sud en créant des bases organisées ou comités : Lyon-ville (avec des comités aux Brotteaux, à Vaise, à la Croix-Rousse), Décines, Grenoble, Megève, Saint-Étienne, Nice, Marseille, Avignon, Montpellier, Limoges, Toulouse, Périgueux.

Un journal, Jeune Combat, fut édité à 22 reprises entre le mois de mai 1943 et la Libération. Les agents de liaison, des jeunes filles et jeunes femmes principalement, transportaient à partir de la direction zone sud établie à Lyon vers les différents centres de la zone sud, stencils préparés pour le tirage, journaux, circulaires, tracts, etc.

Il en fut ainsi depuis la création de l’UJJ jusqu’à la libération de la France.

À Lyon même, comme à Paris, dès avant la constitution de ce mouvement clandestin, au cours de l’été 1942 un certain nombre de jeunes juifs venus de Paris, de Nancy, de Roanne ou originaires de Lyon avaient pris des initiatives, incitant les familles juives à se protéger et les jeunes à rejoindre ceux qui avaient commencé à agir concrètement contre l’occupant. Naturellement, ces jeunes filles et jeunes gens furent parmi les jeunes qui constituèrent l’UJJ. Un certain nombre d’entre eux furent mutés à l’unité des FTP-MOI lors de sa création.

Pourquoi, alors, les historiens font-ils l’impasse sur ce qui a été un des importants mouvements de Résistance en France, celui des juifs, adultes et jeunes, de la branche juive de la MOI. ?

Ils n’eurent, bien entendu, pas le monopole de la Résistance. Il y eut dans cette même période d’autres formations et organisations de lutte et de résistance que la leur. Il n’est cependant pas exagéré de dire que parmi les premiers mouvements clandestins figurent ceux des juifs de la MOI. Par leur expérience et leur position sociale de juifs de l’immigration relativement récente, ils se savaient parmi les plus exposés. Ce qui explique la constitution, dès 1939, du mouvement « Solidarité ».

Le reconnaître ne conduit aucunement à mésestimer le rôle important des réseaux et autres formes dont certains se sont d’ailleurs constitués très tôt après l’occupation de la France par les nazis.

Ceux qui écrivent où parlent publiquement sont-ils conditionnés par des idées reçues ? Sont-ils influencés par leur position politique personnelle ? L’anticommunisme prime-t-il sur la nécessaire objectivité ? Sur l’honnêteté puérile, sur la déontologie, sur l’éthique sans lesquels il n’est pas plus d’Histoire que d’historiens ?

Une pétition est initiée sur cette base

par le Groupe de travail des anciens résistants de l’Union de la jeunesse juive (U. J. J.)

et ses groupes de combat (Zone Sud).

Elle se propose de recueillir un maximum

de signatures pour leur adresser et prendre contact ensuite avec le maximum de personnes, historiens, journalistes,

organes de presse, médias télévisuels

et radiophoniques.

Vous pouvez vous y joindre en adressant

vos nom, prénoms, adresse et qualité à :

Max Weinstein, 9, rue Marcel Renault, 75017 Paris.

Fax : 01 45 74 22 28 - Courriel : max.weinstein@wanadoo.fr

 

Publicité

Partager cet article

Commenter cet article