Laïcité : quelques réflexions en passant :
Ceux qui veulent interdire le voile dans les Universités prennent toujours en exemple la Turquie « musulmane à 99 % et pourtant laïque. »
Il faudrait savoir déjà dans quelle proportion cette interdiction n'a pas contribué à écarter des études supérieures des jeunes filles issues de milieux religieux, le plus souvent pauvres et/ou ruraux, au bénéfice des enfants de la bourgeoisie kémaliste. Cela peut être une forme de ségrégation subtile, qui vise d'ailleurs les seules femmes..
La Turquie n'est pas un pays laïque comme la France. Si l'État est indépendant de la religion, l'inverse n'est pas vrai, puisque les imams de mosquées sont nommés, payés et contrôlés par le gouvernement.
Les membres de confessions minoritaires (alévis, 20% de la population, juifs, chrétiens) dont les impôts servent à payer les ministres du culte sunnites n'apprécient pas forcément.
Sur les sujets qui fâchent : le génocide arménien, la question de Chypre, les droits des Kurdes, force est de reconnaître que les positions de l'AKP sont plus acceptables que celle du parti kémaliste CHP, qui sombre facilement dans le chauvinisme et le racisme.
La lutte pour le pouvoir entre l'AKP et le CHP est aussi une lutte de classes, entre la bourgeoisie commerçante et industrielle qui veut sa place dans l'appareil d'État, encore majoritairement aux mains d'une bourgeoisie d'État, qui contrôle notamment l'appareil judiciaire et l'armée. Les Turcs parlent à son sujet de « Turquie institutionnelle » ou « d'État profond ».
Prosélytisme et signes ostentatoires/ostensibles.
Foin de querelles sémantiques, la première finalité d'un signe est d'être vu ou entendu, le reste est une question de mesure.
Le signe, même très visible, n'a rien à voir avec le prosélytisme. De plus faire du prosélytisme n'est pas en soin condamnable : c'est de manière diverse chercher à « recruter des partisans », Nous en faisons tous pour nos partis politiques, nos syndicats, nos associations militantes.
Les Sikhs font fort peu de prosélytisme et ont obligatoirement une tenue spécifique. Les Juifs ne font plus de prosélytisme, même ceux qui portent la kippa ou le streimel.
Et j'attends que quelqu'un m'explique dans quel cas la vue d'une femme voilée peut inciter à se convertir à l'islam.
Plutôt que de chasser les mères d'enfants qui se proposent d'accompagner les enfants lors des sorties scolaires, et qui ne sont considérées comme des auxiliaires éducatifs que des questions d'assurance, il faudrait mieux s'intéresser à des associations qui œuvrent dans le para-scolaire et sont les paravents de groupes sectaires nocifs.
Libre à chacun de prêcher une religion ou contre toutes les religions, ce qui n'est pas acceptable, c'est la tromperie (je ne me ne prononce pas sur la véracité ou non du message, mais sur le cas par exemple des « moonistes » qui se faisaient passer pour des cathos pur sucre pour ramasser des sous), le harcèlement, la contrainte, et ce qu'on appelle faute de mieux la « manipulation mentale ».
Qu'est-ce que la laïcité ?
Revenons d'abord aux définitions des dictionnaires, plutôt que celles données par des organisations et des personnalités - religieuses ou non - qui ont souvent tendance à donner comme définition de la laïcité leur propre conception des relations entre les religions et le reste de la société.
Le Larousse dit :
1 caractère de ce qui est laïque, qui n'est ni ecclésiastique ni religieux
2 principe excluant les Églises de l'exercice du pouvoir politique ou administratif, en particulier de l'organisation de l'enseignement public
La définition du Robert est voisine.
Ce n'est que cela, et c'est tout cela.
Ce qui veut dire que, même si le combat a souvent été porté en France par les mêmes personnes :
La laïcité n'est pas forcément liée à la liberté de conscience : des gouvernements ont combattu toutes les religions et ils étaient incontestablement laïques. Je ne pense pas que la liberté de conscience soit moins grande dans certains pays à « Église établie » ou concordataires qu'en France.
Elle n'est pas forcément liée à la lutte pour l'émancipation sociale, contre les discriminations raciales, pour la décolonisation. Les pères fondateurs de la « laïcité à la française » en sont un bon exemple.
La Troisième République fut fort peu féministe, et le GODF, dont les titres de noblesse laïque sont incontestables est un exemple d'actualité de ce que les deux combats ne sont pas forcément liés.
Je me demande s'il n'y a pas, derrière ces affirmations de défense de la laïcité à la française, une forme de chauvinisme et je suggère qu'en examine sereinement comment d'autres pays, en Europe et ailleurs, ont tenté d'organiser les relations entre les religions, les Églises, l'État, la société civile, avec quel bilan, quelles réussites et quels échecs dans les domaines suivants :
liberté d'opinion et de conscience
égalité des droits et lutte contre les discriminations
droits des femmes.
Et on verra si nous sommes ou non les meilleurs, pas avant.
Il faut aussi éviter les contre-sens comme celui que j'ai entendu lors d'une réunion. A celui qui demandait pourquoi un mouvement laïque ne pourrait pas participer à des actions communes avec des organisations musulmanes comme il le faisait avec le Secours Catholique, quelqu'un répondit : « Oui, mais le Secours catholique est un mouvement laïque ».
Et bien non, le Secours catholique n'est pas catholique comme le Crédit lyonnais est lyonnais, c'est un mouvement officiel de l'Église catholique, avec dans sa revue « Messages », outre des articles que nous pourrions diffuser sur les exclusions, le racisme, etc.. deux pages de « spiritualité ».
Bien entendu, le Secours catholique respecte la laïcité de la République, mais ce n'est pas un mouvement laïque.
Et je me vois mal demander aux amis du Secours Catholique et du CCFD avec lesquels nous travaillons sur des projets communs de renoncer à leur convictions. Alors ce qui est vrai pour les cathos doit être vrai pour tous.
Je ne suis pas d'accord avec ceux qui créent la notion d'un « principe de laïcité », quasi-métaphysique, avec des principes écrits et non écrits, en France ou ailleurs. Je ne crois d'ailleurs pas qu'il y ait deux pays identiques sur ce sujet.
Mon opposition est de principe : je ne peux respecter, au sens juridique du terme, que des textes écrits, des lois votées.
Demander de respecter des principes non écrits revient à demander de respecter l'idéologie dominante, sans plus.
Et si cette condition (le texte) est nécessaire, elle n'est pas suffisante, il y a des lois scélérates, et nous les combattons. Et qu'on ne vienne pas parler de « lois de la République » dans certains cas et pas dans d'autres. Toutes les lois actuelles sont des lois de la République, y compris les pires.
Enfin, dans les mouvements laïques, j'aimerais qu'on cesse de débattre sur le fait religieux en tant que tel. Nous n'avons pas à dire si elles sont ou non « l'opium du peuple », nous devons rassembler tous ceux qui luttent contre le racisme, sans distinctions de croyances ou d'incroyances. Nous devons combattre contre le racisme sous toutes ses formes, quels qu'en soient les auteurs, quelles qu'en soient les victimes, quels qu'en soient les prétextes, religieux ou non, laïques ou non, etc..
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