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Le blog du vieux singe

Nadine Morano et l'intégration des musulmans

15 Décembre 2009 , Rédigé par Michel Servet Publié dans #Islamophobie



Les déclarations de Nadine Morano "on ne fait pas le procès d'un jeune musulman. Sa situation, moi je la respecte. Ce que je veux, c'est qu'il se sente Français lorsqu'il est Français. Ce que je veux, c'est qu'il aime la France quand il vit dans ce pays, c'est qu'il trouve un travail, et qu'il ne parle pas le verlan. C'est qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers" ont suscité un tollé. Son entourage, et le musulman de service, ont tenté de la défendre en expliquant que les propos avaient été sortis de leur contexte.
La vidéo ci-dessus (site officiel ?) enfonce plus qu'elle ne défend Nadine Morano.
Je ne parlerai pas de l'assimilation entre l'islam, le verlan et la casquette à l'envers, qui montre la force des stéréotypes et le pauvreté de l'analyse.
Le bérêt basque est-il catholique ? Parler le louchebem juif ?
Ce qui est intéressant, c'est d'analyser la question qui a déclenché cette réponse.
Un "jeune" au tee-shirt gothique au fond de la salle lit un texte préparé où il est question de la bataille de Poitiers et des déclarations de Erdogan, l'actuel premier ministre turc. Et la question fuse : "Est-ce l'islam a sa place en France ?"
Le début de la réponse est correct : elle rappelle les conquêtes napoléoniennes, pour signaler que nous avons aussi été des envahisseurs.
Mais après, elle part en roue libre : dénonciation de l'"immigration débridée", les "racines judéo-chrétiennes" etc..
Beaucoup de très bonnes choses ont été dites contre ces stupidités et c'est inutile que je les répète.

Notamment Mémorial98 à propos du choix de la ville natale de l’antisémite Barrès pour ce débat .

La fameuse déclaration d'Erdogan est citée sur tous les sites d'extrême-droite, comme preuve du caractère agressif de l'islam. Cette fameuse déclaration a notamment servi d'argument aux islamophobes suisses pour leur campagne anti-minarets.
J'ai finalement fini par retrouver cette déclaration, replacée dans son contexte.
Recep Tayyip Erdogan était à l'époque des faits (1997) maire d'Istanbul, pendant la période où le mouvement islamiste turc évoluait vers une sorte de démocratie-musulmane, comme il y a une démocratie-chrétienne en Europe occidentale.
(Le Monde 23/04/1998)
Les gens peuvent évoluer, et personne n'aurait la cruauté de rappeler à Serge July son passé maoïste, ni à Eric Besson son anti-sarkozysme.
Le plus extraordianire dans cette affaire est que si Erdogan a effectivement prononcé cette phrase :
 « Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les coupoles nos casques, et les croyants nos soldats »
elle n'est pas de lui.
"Comble de l'ironie, la citation était extraite d'un poème de Ziya Gökalp (1876-1924), qui est considéré comme un des principaux idéologues du nationalisme turc et un des précurseurs du kémalisme."
(Le Monde 23/04/1998)
L'auteur est un nationaliste turc, qui considère l'islam (turc) comme un marqueur identitaire, et qui évoluera du pantouranisme au nationalisme "anatolien" kémaliste.


Après la révolution des Jeunes Turcs en 1908, Ziya Gökalp, pseudonyme de Mehmed Ziya, adhéra à un mouvement clandestin, la Société de l'union et du progrès, à Thessalonique. Dans cette organisation, dont les membres se retrouvèrent plus tard à la tête du pays, il joua un rôle de premier plan en tant que dirigeant intellectuel. Pendant cette période, il collabora aux journaux d'avant-garde Gench Kalemler (Les Jeunes Plumes) et Yeni Felsefe Mejmuasí (La Nouvelle Revue philosophique), qui propageaient les idées nationalistes révolutionnaires. Nommé en 1912 à la chaire de sociologie de l'université d'Istanbul, Gökalp adhéra aux idées du pantouranisme. Il croyait qu'un gouvernement ottoman fort et juste prendrait la direction du mouvement, pour unir les peuples turcs, de l'Europe de l'Est à la Chine. Plus tard, cependant, il abandonna cette vision panturque et limita ses espoirs de transformation aux Turcs de l'Empire ottoman, s'intéressant surtout à la modernisation et à l'occidentalisation de la nation turque.Au lendemain de l'armistice de 1918, Gökalp fut exilé à l'île de Malte avec un certain nombre de dirigeants politiques turcs. Libéré après la victoire nationaliste (1922), il s'installa à Ankara où il travailla pour le ministère de l'Éducation.[...]
Encyclopedia Universalis en ligne.

Ce poème est d'un militant pré-kémaliste, comme était kémaliste le tribunal turc qui condamna Erdogan à quatre mois de prison pour l'avoir récité en public.
Eh oui, il y a en Turquie des gens qui croient aux racines musulmanes de l'identité turque, comme il y a en France des gens qui croient aux racines judéo-chrétiennes de l'identité française.

 

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